Au Vietnam, des militants des droits de l’homme toujours harcelés

La Croix

Par Claire Lesegretain

Alors qu’ils étaient de retour dans leur pays, mardi 31 mars, Tran Thi Nga et Ngo Duy Quyen ont été retenus à l’aéroport de Hanoï pendant cinq heures pour des interrogatoires policiers. Tran Thi Nga est l’épouse de l’écrivain bouddhiste Nguyen Xuan Nghia. Ngo Duy Quyen, lui, est l’époux de l’avocate catholique Le Thi Cong Nhan. Tous les deux étaient invités, la semaine dernière, à Oslo, Genève puis Paris, pour témoigner de la situation des défenseurs des Droits de l’homme au Vietnam.

Ramenés directement chez eux par la police

« La police les a ramenés directement chez eux, même Madame Nga qui habite à Haïphong, à 300 km d’Hanoï. Et ce pour éviter qu’ils ne rencontrent la petite délégation de militants venue les accueillir à l’aéroport », explique Michel Tran Duc, membre à Paris du parti Viet Tan, basé en Californie (États-Unis) et qui compte environ 10 % de catholiques.

Dans la capitale norvégienne, Tran Thi Nga s’était vu remettre le 22 mars le prix de la Liberté d’expression décerné à son mari par l’Association des auteurs norvégiens. À Genève, les deux militants vietnamiens avaient été reçus par la députée Anne-Marie Von Arx-Vernon qui s’était rendue au Vietnam il y a trois ans, qui avait rencontré la famille de l’écrivain et s’était beaucoup mobilisée pour que celui-ci reçoive en prison les soins médicaux dont il avait besoin.

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Tran Thi Nga, épouse de l’écrivain Nguyen Xuan Nghia (G.) et Ngo Duy Quyen, époux de l’avocate Le Thi Cong Nhan entourent Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty international France.

Besoin de soins médicaux en prison

À Paris, les deux Vietnamiens avaient rencontré Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France, puis Nathalie Muller-Sarallier de l’ONG Avocats sans Frontières qui s’est également beaucoup mobilisé pour soutenir l’avocate Le Thi Cong Nhan et qui lui a décerné un prix des droits de l’homme.

L’écrivain bouddhiste Nguyen Xuan Nghia, 65 ans, est l’un des leaders du mouvement « 8 406 », une coalition de partis et de groupes politiques fondée en 2006 et qui plaide pour des réformes démocratiques au Vietnam. Arrêté en septembre 2008 et condamné à six ans de prison pour avoir organisé des manifestations pacifiques contre la Chine, Nguyen Xuan Nghia a fini de purger sa peine de prison en septembre 2014 mais il reste sous le coup d’une assignation à résidence jusqu’en 2020.

Régulièrement harcelée par les autorités vietnamiennes

Quant à l’avocate catholique Le Thi Cong Nhan, 35 ans, elle avait été arrêtée en février 2007 puis condamnée à quatre ans de prison pour « propagande contre l’État ». Depuis sa sortie de prison en 2010, elle continue, avec son époux, de militer pour les droits de l’homme. Son assignation à résidence devait prendre fin août 2013, mais la Sécurité publique a attendu plus d’un an avant de lui remettre les papiers l’autorisant à circuler librement et sa famille reste régulièrement harcelée par les autorités vietnamiennes.

Ces deux militants vietnamiens s’étaient vus décerner par Human Rights Watch, le prix Hellman-Hammett  : en 2011, pour l’écrivain  ; en 2008 pour l’avocate.

Source : La Croix