Elever sa voix contre les atteintes aux droits de l’Homme

Tran Thu Nam

Discours de Tran Thu Nam, avocat du barreau de Hanoi, devant le Barreau des Hauts de Seine, à Nanterre, le 25 octobre 2013.

Mon nom est Tran Thu Nam, avocat du barreau de Hanoï, Vietnam. C’est un grand honneur pour moi d’être présent ici parmi vous.

C’est un très grand honneur pour un avocat vietnamien de pouvoir parler aux avocats français de la situation des droits de l’Homme dans son pays.

Mais avant tout, permettez-moi de remercier le Bâtonnier des Hauts-de-Seine et Nathalie Muller-Sarallier de l’ONG Avocats sans Frontières. Ils m’ont soutenu dans des cas de défense des droits de l’Homme au Vietnam et ont créé des conditions qui me permettent de venir en France pour être le porte-parole de mes collègues avocats qui n’ont pas droit à la parole dans leur propre pays.

Je suis entré dans le métier d’avocat en 1999, à mes débuts, je m’occupais surtout des litiges en affaires, des cas qui n’ont aucun rapport avec la politique, ou les droits de l’Homme.

En 2009, je participais à des procès concernant les droits de l’Homme, élevant ma voix contre les atteintes des autorités aux droits humains. Beaucoup de personnes m’ont demandé pourquoi je quittais de si bonnes affaires pour me lancer dans les droits de l’Homme ? Je risquerais de rencontrer d’énormes difficultés, et surtout de me faire emprisonner comme mes collègues Lê Quôc Quân, Nguyên Van Dai, Lê Công Dinh et Lê Thi Công Nhân.

Je leur ai répondu ceci : Dans les droits de l’Homme, il y a le droit d’exprimer son opinion, le droit de se réunir, le droit de circuler, le droit de manifester. Ce sont des droits fondamentaux de l’homme dans le texte de la Déclaration universelle sur les droits du citoyen de 1966.

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Si nous n’arrivons pas à réaliser ces droits fondamentaux, notre vie, même dans la richesse, n’aura pas de sens. Un avocat est un homme qui doit faire respecter la loi, s’il n’ose pas dire la vérité, s’il n’ose pas défendre les droits fondamentaux de l’homme, peut-être vaudrait-il mieux pour lui de changer de métier ? Si c’est pour gagner de l’argent, alors il existe mille autres façons !

C’est pourquoi, les avocats comme Lê Quôc Quân, Lê Công Dinh, Nguyên Van Dai, Lê ¬Thi Công Nhân et moi-même, nous acceptons d’être arrêtés et emprisonnés pour que d’autres femmes et hommes du Vietnam puissent avoir la possibilité d’obtenir les droits fondamentaux pour une vie digne, des droits reconnus et défendus par les démocraties. Maintenant, désormais, je ne suis plus tout seul, j’ai des amis avocats qui me soutiennent, de France et d’Europe. De nombreux gouvernements de nations libres m’écoutent. Et particulièrement, j’ai à mes côtés Nathalie Muller-Sarallier d’Avocats sans Frontières.

Elle est venue à Hanoï pour connaître le dossier de Lê Quôc Quân, elle a tenté d’assister à son procès, nous avons travaillé plusieurs jours ensemble.

Ce qu’a fait Nathalie Muller-Sarallier (comme d’autres avocats internationaux), sur la place même des procès, pour exiger la clarté et la justice a eu un effet très significatif.

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Nathalie Muller-Sarallier

Par vos aides, les droits de l’Homme ont malgré tout évolué dans le bon sens.

Cependant, l’avocat Lê Quôc Quân a été condamné, en première instance, à 30 mois de prison ferme, et prochainement, il passera en jugement en appel.

En outre, d’autres avocats comme Lê Công Dinh, Nguyên Van Dai, Le Thi Công Nhân, après de longues années d’emprisonnement, subissent le régime de résidence surveillée et ne peuvent circuler librement.

Sans modestie aucune, je pense qu’ils méritent, plus que moi, l’honneur d’être ici, parmi vous, aujourd’hui.

C’est pourquoi, je vous demande de continuer à aider ces avocats précédemment cités, et à soutenir les droits de l’Homme au Vietnam. Dernièrement, des avocats de Paris ont organisé avec l’ambassade de France un colloque pour partager leurs expériences avec les avocats de Hanoï.

J’espère que vous pourrez organiser des séances de formation pour les avocats vietnamiens.

Bien sûr, j’ai encore beaucoup de choses à vous demander mais j’ai pris déjà beaucoup de votre temps.

Aidez s’il vous plait les avocats des droits de l’Homme au Vietnam – Aidez s’il vous plait à améliorer les droits de l’Homme au Vietnam. Encore une fois, je remercie la France, je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour le Droit et la Justice dans mon pays, le Vietnam.

Source : Avocats sans frontières