Viet Nam : catastrophe écologique et politique !

Mission Universelle

Situation et contexte

Une délégation du Vietnam a rencontré ce 17 mai à Paris des représentants d’associations françaises de défense des droits de l’Homme et de solidarité avec le Vietnam.

Motif : attirer l’attention des milieux internationaux sur la catastrophe environnementale causée par l’usine Formosa dans la région de Vinh au Vietnam. L’usine Formosa est un centre sidérurgique, elle a déversé le 6 avril 2016 des produits toxiques dans la mer, ce qui a eu pour conséquence un empoisonnement des eaux, la mort des poissons… Socialement, ce sont les pêcheurs de la zone qui ont été les victimes, des paysans et les habitants en général… L’entreprise a reconnu tardivement sa responsabilité.

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Poissons morts suite aux rejets de l’aciérie Formosa.

Pour s’informer sur cette catastrophe, il suffit de taper dans un moteur de recherche les mots de VietNam, Formosa, catastrophe écologique… et on obtient toutes les informations utiles (en français, et bien sûr aussi, en anglais et vietnamien !).

Les autorités locales gèrent la situation, mais de manière paradoxale. En expliquant à la population qu’il faut choisir : ou bien on a l’aciérie, avec les emplois à la clé, ou bien des poissons, mais pas les deux à la fois. En fait, les autorités locales, au lieu de soutenir les victimes dans leurs actions en justice, tentent plutôt d’étouffer cette affaire. Les indemnisations prévues pour dédommager les victimes ne parviennent en fait à leurs destinataires finaux qu’à très petite dose.

Pourquoi faut-il mobiliser les milieux internationaux ?

Pour les raisons expliquées ci-dessus : les autorités du pays étouffent l’affaire plutôt que de soutenir les victimes. Et de réguler les activités d’une usine potentiellement très polluante. Il s’agit sans doute de ne pas décourager les investissements étrangers à venir pour le pays (Formosa est une usine à capitaux de Taïwan).

L’internationalisation de l’affaire constitue de fait une critique implicite des autorités du pays. Celles-ci ne seraient pas capables de gérer une telle affaire. C’est d’ailleurs pourquoi ces autorités avaient refusé l’aide proposée par diverses ambassades étrangères au moment de la catastrophe.

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Manifestation de la population victime de la pollution générée par les rejets de Formosa Plastics.

Politiquement, une ingérence étrangère constitue aussi une critique implicite du monopole politique exercé par le parti communiste dans le pays. Et constitue aussi un argument de poids pour ceux qui doutent du fonctionnement d’une justice indépendante au Vietnam et des progrès vers un Etat de droit.

L’affaire de Formosa est un grand scandale public au Vietnam, mais les autorités tentent de le minimiser, d’en réduire la portée, de ne pas permettre les réflexions qu’on peut développer autour de cette affaire et de sa gestion malencontreuse. Pourquoi la catastrophe ? l’Etat régule-t-il les activités industrielles ? la justice est-elle indépendante ? les médias le sont-ils ? les ONG et associations locales sont-elles indépendantes de l’Etat ? Pourquoi les organismes internationaux et les ONG internationales ne peuvent intervenir dans cette affaire ? etc…

Pourquoi l’Eglise catholique se mêle-t-elle de cette affaire ?

On pourrait penser a priori que ce sont les milieux juridiques et judiciaires qui vont s’intéresser à cette affaire et défendre les victimes ; ou bien les associations, les ONG de défense des victimes, de défense des droits de l’Homme, de protection de l’environnement… les médias, les intellectuels…

Ces milieux ne sont pas indépendants au Vietnam. Leur voix est étouffée. La critique des autorités n’est guère permise. Le seul espace important de liberté et de débat est constitué par la Toile, les divers sites internet, en vietnamien bien sûr, mais aussi en anglais, des sites du monde entier que beaucoup de Vietnamiens peuvent maintenant lire sans problèmes.

Ce sont les milieux catholiques qui se sont portés en première ligne. La délégation venue à Paris pour évoquer cette affaire était composée de l’évêque de Vinh et de cinq prêtres. En quelque sorte, en porte-parole d’une société civile qui n’existe pour le moment qu’à l’état embryonnaire.

Vont-ils subir des mesures de rétorsion à leur retour au Vietnam ? sans doute non, car les prêtres (et l’évêque) sont protégés d’une certaine manière par leurs paroissiens… en cas de mesure de harcèlement, les paroissiens descendent dans la rue…

Evêque et prêtres se font, de facto, les défenseurs des défavorisés du diocèse (qui est la région où se trouve l’usine Formosa). Défenseurs des pêcheurs et de ceux qui vivent du tourisme… secteurs touchés par la catastrophe.

Les ONG internationales n’obtiennent pas l’autorisation pour se rendre dans cette région. Donc, l’Eglise catholique joue un rôle de défense de la population. Contre des autorités qui prétendent au monopole de la représentation politique, mais ne veulent pas vraiment défendre les plus démunis.

Pourquoi un évêque et des prêtres ?

Pour les raisons invoquées ci-dessus.

Parce que ces personnes disposaient déjà d’un passeport et d’un visa Schengen (pour se rendre à Genève, Bruxelles et Paris).

A leur retour, ils ne risquent pas (plus) de se faire arrêter, à cause de leur notoriété. Ce qui peut cependant leur arriver : se faire voler, se faire tabasser par de prétendus malfrats, en fait envoyés et couverts par les autorités de police.

Durant sa mission en Europe, cette délégation a été suivie plus ou moins discrètement par des représentants de l’ambassade du Vietnam. Et la délégation a décidé à la fin de faire un peu profil bas pour ne pas provoquer. Et pour rentrer plus calmement au pays.

Antoine Sondag
18 mai 2017

Source : Mission Universelle