Nguyen Van Hai, blogueur emprisonné au Vietnam, pays élu au Conseil des droits de l’homme

Jean-Paul Marthoz|24/11/2013|Forum|

23 novembre 2013

Le 12 novembre, le Vietnam a été choisi par l’Assemblée générale des Nations Unies pour siéger au Conseil des droits de l’homme, une institution de 47 membres censée mettre en oeuvre la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mardi prochain, le 26 novembre, une cérémonie organisée à quelques centaines de mètres du siège des Nations unies à New York rappellera qu’il ne méritait pas pareil honneur.

L’un des plus célèbres blogueurs vietnamiens Nguyen Van Hai ne pourra pas se joindre, en effet, aux trois autres lauréats du Prix international de la liberté de la presse (Nedim Sener de Turquie, Janet Hinostroza d’Equateur et Bassem Youssef d’Egypte) pour assister au dîner de gala organisé au Waldorf-Astoria par le Comité de protection des journalistes (CPJ). Nguyen Van Hai a été condamné l’année dernière à 12 ans d’emprisonnement et 5 ans d’assignation à domicile par un tribunal aux ordres qui l’a reconnu coupable « d’actions contre l’Etat ».

Co-fondateur du Club des journalistes libres du Vietnam, Nguyen Van Hai tenait aussi, sous le nom de plume de Dieu Cay (La pipe du paysan), un blog qui importunait fortement les autorités. Il y traitait de sujets tabous, comme la corruption gouvernementale ou le différend territorial avec la Chine à propos des îles de Spratleys et Paracels.

Selon sa famille, dont le droit de visite est très limité, ses conditions de détention sont sévères. Le journaliste a été condamné à un régime cellulaire, il a fait une grève de la faim et sa santé se serait gravement détériorée. « Cela fait longtemps que nous nous sommes pas parlés, lui a écrit sa fille Thi Thu Huong Nguyen dans une lettre transmise au CPJ. Chaque jour nous attendons ton retour. Tu as toujours été un homme honnête, gentil, aimable. Ce que tu as enduré tout ce temps nous a vraiment brisé le cœur. Est-ce le prix que tu dois payer pour ton amour ? ».

Une machine répressive

Nguyen Van Hai n’est pas le seul journaliste vietnamien en prison. Selon les chiffres du CPJ, le Vietnam est le deuxième geôlier de journalistes en Asie, juste après la Chine. Préoccupé par la montée des contestations et par le développement de l’Internet et de la téléphonie mobile, le Parti communiste vietnamien a mis en place une machine répressive implacable qui traque et réprime toute expression dissidente. Les autorités tiennent particulièrement à cadenasser l’information.

Malgré ses atteintes aux droits de l’homme, le Vietnam apparait rarement sur l’écran- radar de l’opinion internationale. Les pays occidentaux restent très timides à son égard, en partie parce que le Vietnam fait figure d’allié dans les grandes manœuvres visant à contrer l’influence croissante de la Chine dans la région. Le Vietnam est aussi dans une certaine mesure protégé par son adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie qui offre des marges de manoeuvre à sa diplomatie.

Ces derniers mois, les associations internationales de défense de la liberté de la presse se sont mobilisées. Saisissant l’occasion de l’année France-Vietnam et la visite à Paris du Premier ministre vietnamien, Reporters sans Frontières a publié en septembre un rapport accablant sur la « mort programmée de la liberté » et lancé une pétition en ligne pour demander la libération de 35 blogueurs et net-citoyens

En octobre, le PEN Canada a accordé son One Humanity Award à Nguyen Van Hai et le Comité de protection des journalistes vient de lancer une pétition pour obtenir sa libération.

Ces initiatives seront-elles relayées par des Etats à même de convaincre le gouvernement vietnamien de desserrer son étau ? Le Vietnam se sentira-t-il obligé de donner des gages de décence démocratique au sein du Conseil des droits de l’Homme dont il fera partie de 2014 à 2016 ? Cette présence au sein de l’organe des Nations unies, en tout cas, va placer Hanoï dans la ligne de mire permanente des associations internationales de défense des droits de l’homme…

PS : Jean-Paul Marthoz est conseiller du Comité de protection des journalistes (Committee to Protect Journalists) et vice-président du Conseil de la Division Europe/Asie centrale de Human Rights Watch.

Source : Le blog de Jean-Paul Marthoz