Des engagements aux actes : l’Europe doit défendre les droits humains au Vietnam

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Discours de Pascal Durand, député européen, prononcé lors de la cérémonie de remise du Prix Lê Dinh LUONG à Paris le 10 décembre 2023

* * *

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je tiens en premier lieu à remercier l’association Viet Tan pour son invitation et plus particulièrement son chargé de plaidoyer Michel Tran Duc, dont l’engagement pour la défense des droits humains et des libertés publiques au Vietnam au sein des institutions européennes est constant.

Je sais qu’à travers ma personne, c’est  le  Parlement européen que vous avez souhaité convier à cette remise de prix des droits humains Lé Dinh Luong, et je suis particulièrement honoré de m’exprimer devant vous.

Ainsi que vous le savez, la Commission européenne a souhaité mettre en place un traité de libre échange avec le régime communiste vietnamien et ce, malgré de nombreuses résistances de la part des défenseurs des droits humains. Cet accord prévoit des clauses de sauvegarde sur le respect par le gouvernement vietnamien des droits syndicaux et des principales libertés publiques, notamment celle de la presse.

Au Parlement européen, parmi les défenseurs de la liberté des échanges commerciaux, deux visions de cet accord se sont alors affrontées :

– l’une optimiste, pariait sur la capacité de cet accord à influencer et infléchir, par sa seule existence, les positions de l’exécutif vietnamien.

– la seconde conditionnait la ratification à la mise en place préalable et effective de transformations dans l’action répressive, par exemple par la libération d’opposants politiques et de journalistes.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que j’étais partisan de la deuxième option, n’ayant nulle confiance dans les capacités spontanées d’un gouvernement autoritaire sur la mise en œuvre future de simples promesses en matière de respect des droits humains.

Pourtant ce fut à une large majorité que le Parlement fit en avril 2020, le surprenant pari de croire à ces promesses et à la bonne volonté du gouvernement vietnamien.

Une nouvelle fois l’Europe fit preuve au mieux d’une grande méconnaissance du fonctionnement des régimes communistes et de pure naïveté, au pire d’un effroyable cynisme en privilégiant les échanges commerciaux et les flux financiers à la souffrance de millions d’êtres humains, de leur liberté, de leur dignité, voire de leur vie même.

Soyons précis, l’UE signe avec de nombreux états totalitaires d’extrême-droite ou gauche des accords commerciaux de toute nature, mais ils incluent tous des clauses de sauvegarde sur le respect des droits humains et des libertés publiques.

De tels engagements restent, malheureusement, des voeux pieux si l’UE ne se  donne pas les moyens effectifs de peser sur les politiques publiques de ces États.

Or Il est évident que lorsque des journalistes, des défenseurs des droits humains, de simples citoyens sont menacés, arrêtés arbitrairement, emprisonnés, torturés ou éliminés, que des ONG indépendantes documentent ces faits, l’Union européenne a le devoir moral et les responsabilités politique et économique d’intervenir et d’agir par le seul levier qu’elle a elle-même instauré, à savoir la suspension de l’accord commercial ou a minima la menace de cette suspension ou révision.

Seule la crédibilité de la mise en œuvre de cette sanction pourrait obliger le gouvernement vietnamien à modifier, même partiellement, son régime répressif.

Tel n’est pas encore le cas mais je reste persuadé que notamment par la mobilisation de la société civile nous pouvons faire en sorte que cela advienne.

Les évènements publics comme celui d’aujourd’hui sont essentiels, car ils envoient un triple signal :

  • En premier lieu, une lueur d’espoir à toutes celles et ceux qui souffrent dans les geôles vietnamiennes, persécutés dans leur chair pour leur liberté de penser ou de parole et qui savent que nous ne les oublions pas, ni ne les abandonnons.
  • En second lieu, pour que le gouvernement vietnamien sache que la diaspora vietnamienne, les défenseurs des droits humains au sein de l’UE et en France ne sont pas dupes des engagements non-tenus à ce jour et que nous resterons toutes et tous mobilisés aux côtés des associations et ONG jusqu’à ce que l’accord de libre-échange avec l’UE soit intégralement respectés en termes de libertés publiques et de droits humains et syndicaux
  • Enfin, en troisième lieu, parce qu’il alerte les institutions européennes de la nécessité dé réaliser un véritable suivi des accords et de se préparer à mettre en œuvre des sanctions pour que les engagements soient effectivement tenus.

Si vous me le permettez, je souhaiterais terminer mon intervention sur une note plus personnelle en m’adressant à un enfant qui se tient aujourd’hui dans cette salle aux côtés de sa mère.

Qu’il sache qu’il porte le prénom vietnamien de Tung en hommage à son grand-père qui a dû embarquer clandestinement au péril de sa vie et de celle de toute sa famille par une nuit d’été 1975 sur un vieux rafiot, au départ d’un ponton de Saïgon, en laissant derrière lui, sans espoir de retour, son pays, sa ville et la terre de ses ancêtres. Que mon grand-père aussi avait dû fuir une autre dictature, brune celle-ci, bien des années auparavant.

Que ces destins croisés t’obligent, nous obligent, à honorer la mémoire et accompagner le présent de tous les défenseurs de la liberté, de la dignité humaine et de la fraternité, qui, quel que soit le lieu de leur persécution ou d’exil, t’invite à marcher modestement dans leur ombre.

Pascal DURAND, Député européen

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