Bruxelles, 10 juin 2026 – Alors que les autorités vietnamiennes intensifient leurs efforts pour réduire au silence les voix critiques au-delà de leurs frontières, le Parlement européen a accueilli une conférence consacrée à la répression transnationale exercée par le régime de Hanoï. Coorganisé par les eurodéputés Saskia Bricmont et Jonas Sjöstedt ainsi que Viet Tan, l’événement a réuni victimes directes, experts, organisations internationales et défenseurs des droits humains afin d’alerter les décideurs européens sur une menace grandissante pour les libertés fondamentales.
Dans son discours d’ouverture, Jonas Sjöstedt a rappelé les liens personnels qui l’unissent au Vietnam, où il a vécu pendant quatre ans lorsque son épouse était ambassadrice de Suède à Hanoï. Tout en exprimant son affection pour le pays et son peuple, il a souligné la réalité politique du Vietnam : un État à parti unique où les libertés fondamentales restent sévèrement restreintes. « Ce pays et ce peuple méritent de vivre dans une véritable démocratie où les droits humains sont pleinement respectés », a-t-il déclaré.
Les témoignages des victimes ont ensuite illustré de manière concrète les méthodes employées par les autorités vietnamiennes pour poursuivre leurs opposants à l’étranger.
Le journaliste germano-vietnamien Lê Trung Khoa a expliqué comment il est devenu l’une des principales cibles du régime après avoir révélé l’enlèvement de Trịnh Xuân Thanh à Berlin en 2017 par des agents vietnamiens. En décembre 2025, il a été condamné par contumace à 17 ans de prison pour « propagande contre l’État » en vertu de l’article 117 du Code pénal vietnamien. Longtemps utilisé pour emprisonner les dissidents à l’intérieur du pays, cet article sert désormais à poursuivre les exilés politiques vivant dans des démocraties étrangères. Aujourd’hui, Lê Trung Khoa vit sous protection policière permanente en Allemagne.
L’avocat et défenseur des droits humains Nguyễn Văn Đài a lui aussi été condamné par contumace à 17 ans de prison en décembre 2025 sur la base du même article. Cette peine s’ajoute à une précédente condamnation prononcée avant son exil, portant à plus de trente ans le total des peines encourues. Dans son intervention, il a appelé l’Union européenne à faire de la lutte contre la répression transnationale une priorité dans ses relations avec le Vietnam. Il a plaidé pour la création d’un mécanisme européen de surveillance et de signalement, l’adoption de sanctions ciblées contre les responsables impliqués, le renforcement de la protection des personnes menacées ainsi qu’une plus grande transparence des plateformes technologiques face aux demandes de censure émanant de régimes autoritaires.
La troisième intervenante, l’avocate thaïlandaise Nadthasiri Bergman, est revenue sur le cas de son client Y Quynh Bdap, militant montagnard arrêté en Thaïlande puis renvoyé au Vietnam où il purge actuellement une peine de dix ans de prison. Mme Bergman a dénoncé un processus judiciaire entaché de graves irrégularités et a qualifié cette affaire de « refoulement », de violation du droit thaïlandais contre la torture et d’acte de répression transnationale utilisant les institutions judiciaires comme instrument politique.
Elle a également lancé un appel aux diplomates et élus européens afin qu’ils rendent visite à Y Quynh Bdap en prison. Selon elle, la présence d’observateurs internationaux constitue aujourd’hui l’une des meilleures garanties pour sa sécurité et son intégrité physique.
Après les témoignages, Claudio Francavilla de Human Rights Watch a animé une discussion avec des représentants du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, du Service européen pour l’action extérieure et de plusieurs organisations de défense des droits humains dont la Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH). Pour des raisons de confidentialité et afin de protéger certaines personnes concernées, le contenu de cette discussion n’a pas été rendu public.
Michel Tran Duc a ensuite présenté le nouveau rapport de Viet Tan consacré à la répression transnationale vietnamienne. Ce rapport identifie dix méthodes utilisées par les autorités vietnamiennes pour cibler leurs opposants à l’étranger : menaces contre les familles restées au pays, campagnes de diffamation, surveillance, abus des mécanismes judiciaires internationaux, pressions diplomatiques, cyberharcèlement, refus de services consulaires, et dans certains cas enlèvements ou tentatives d’enlèvement. Chaque méthode est illustrée par des cas concrets documentés.
En clôture de la conférence, Saskia Bricmont a rappelé son engagement de longue date en faveur des défenseurs des droits humains vietnamiens. Revenant sur les pressions exercées pour empêcher la projection du documentaire, elle a souligné : « Ils osent faire cela contre des députés européens, ici en Belgique. Imaginez ce qu’ils peuvent faire contre des personnes sans défense. »
Pour l’eurodéputée, céder à ce type d’intimidation reviendrait à ouvrir la voie à une normalisation des activités répressives des régimes autoritaires sur le territoire européen. « Pendant longtemps, lorsque nous parlions de protéger les défenseurs des droits humains, nous pensions à des pays lointains. Aujourd’hui, cette protection doit aussi être assurée ici, sur le sol européen », a-t-elle rappelé.
Mme Bricmont a également évoqué le vote prévu le 16 juin 2026 sur le rapport du Parlement européen consacré à la répression transnationale. Ce texte vise à définir clairement ce phénomène, à identifier les États qui le pratiquent et à renforcer la protection des victimes présentes sur le territoire européen, tout en comblant les lacunes juridiques exploitées par certains régimes autoritaires.
Pour Viet Tan, cette conférence constitue une étape importante dans la reconnaissance internationale de la répression transnationale menée par le régime vietnamien. Depuis plusieurs années, l’organisation est elle-même la cible de campagnes de diffamation, d’intimidation et de mesures de criminalisation orchestrées par les autorités vietnamiennes. De nombreux membres, sympathisants et partenaires ont été visés pour leurs activités pacifiques en faveur de la démocratie et des droits humains.
Face à cette menace croissante, Viet Tan réaffirme sa solidarité avec toutes les victimes de répression transnationale, qu’elles soient journalistes, avocats, défenseurs des droits humains, militants politiques, réfugiés ou membres de minorités ethniques. L’organisation poursuivra son travail de documentation, de sensibilisation et de plaidoyer auprès des gouvernements démocratiques, des institutions internationales et de la société civile afin que les responsables de ces violations soient tenus pour responsables de leurs actes.
La répression transnationale constitue non seulement une attaque contre les victimes directement visées, mais également contre la souveraineté des États démocratiques et les libertés fondamentales qu’ils ont le devoir de protéger. Les témoignages entendus au Parlement européen rappellent l’urgence d’une réponse coordonnée et déterminée pour mettre fin à cette pratique.
La conférence a été retransmise en direct sur Webex afin de permettre aux organisations de défense des droits humains du monde entier de suivre les débats et de participer à cette mobilisation internationale contre la répression transnationale.