Une blogueuse victime d’agression sexuelle au poste de police

28 décembre 2012

DCVOnline – Madame Nguyen Hoang Vi, alias blogueuse An Do Nguyen, a été interpellée le 28 décembre 2012 alors qu’elle voulait assister au procès en appel des blogueurs Nguyen Van Hai, Ta Phong Tan et Phan Thanh Hai au tribunal populaire de HCM-ville. Emmenée au commissariat du 1er arrondissement, rue Nguyen Cu Trinh, elle a été sauvagement agressée par les agents de la Sécurité Publique.

Nguyen Hoang Vi, née en 1987, est la maman d’un petit garçon. Parce qu’elle avait participé aux manifestations anti-chinoises pour la défense de l’intégrité territoriale, elle avait déjà été lé victime d’un accident de la circulation le 2 octobre 2011 orchestré par les forces de sécurité, qui lui avait valu la perte de plusieurs dents et de graves blessures au visage.

Dès son retour chez elle, bien que très fatiguée, Nguyen Hoang Vi a tenu à nous faire part de son témoignage.

DCVOnline : Bonjour Nguyen Hoang Vi. Ce matin, lors de votre interpellation, où étiez-vous et que faisiez-vous ?

Nguyen Hoang Vi : Bonjour Madame. Ce matin, j’ai été interpellée alors que je me promenais dans le parc qui se trouve en face du tribunal populaire de HCM-ville avec deux amis, Vu Si Hoang (blogueur Hanh Nhan) et Bach Viet.

DCVOnline : Saviez-vous que lorsque vous vous « promeniez », le tribunal était en train de juger les blogueurs Dieu Cay, Anh Ba Saigon et Ta Phong Tan ?

Nguyen Hoang Vi : Oui nous le savions. J’étais venue dans le but d’assister à ce procès en appel des 3 blogueurs. Mais les forces de sécurité étaient trop nombreuses, personne n’a pu entrer. Je me suis résignée à me promener dans le parc en face du tribunal.

DCVOnline : Vous confirmez que les forces de sécurité vous ont interpellés alors que vous étiez en dehors du périmètre du tribunal, sans vouloir pénétrer à l’intérieur et que vous vous promeniez simplement dans le parc ?

Nguyen Hoang Vi : Oui c’est exact.

DCVOnline : Et à ce moment là, est-ce que le parc était fermé au public ?

Nguyen Hoang Vi : Le parc était quasiment fermé car à part quelques personnes âgées qui faisaient leur gymnastique, il n’y avait que des policiers. Il n’y avait pas plus d’une dizaine de personnes qui ne soient pas membres des forces de sécurité.

DCVOnline : Le fait que de nombreuses personnes sont interpellées et détenues pendant un certain temps car elles touchent des sujets « sensibles » est une chose qui est devenue « courante » au Vietnam. Mais nous nous intéressons particulièrement à votre cas car vous dites avoir été traitée de manière « singulière » durant votre détention. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nguyen Hoang Vi : Ils nous ont arrêtés comme l’on arrête des animaux. Dans la voiture, ils nous frappés. Beaucoup et très fort. Le blogueur Hanh Nhan a eu la bouche déchirée, son pantalon était en lambeaux.

Ils m’ont emmenée au commissariat du 1er arrondissement, rue Nguyen Cu Trinh, où j’ai continué à être frappée. Ensuite, deux personnes ont enlevé mes vêtements de force, ne me laissant que mes sous-vêtements. Ils ont tout filmé. Je savais qu’ils voulaient m’humilier, alors je suis restée très calme. Ils sont sortis un moment de la salle en me laissant seule. Mais peu après, ils sont revenus pour me retirer mes sous-vêtements. Ils ont introduit leurs doigts dans mon intimité pour chercher je ne sais quoi. Je pense qu’ils voulaient simplement me faire mal, tant physiquement que mentalement. Vers midi, ils m’ont forcé à me rhabiller pour m’emmener au commissariat du quartier Phu Thanh, arrondissement Tan Phu. Là, ils m’ont gardée de midi jusqu’à 19 heures avant de me relâcher.

DCVOnline : Vous dîtes avoir été arrêtée « comme des animaux », pouvez-vous nous décrire ce qui s’est passé ?

Nguyen Hoang Vi : Un groupe de policiers m’a pris par les pieds et les bras. Ils m’ont balancée dans la voiture. Un autre groupe a couru après le blogueur Hanh Nhan. Ils l’ont fait tomber et l’ont tabassé alors qu’il était à terre. Ensuite, ils l’ont pris par les pieds et par les bras, comme on embarque un cochon. Après, je les ai perdus de vue car j’étais déjà dans la voiture de police.

DCVOnline : Vous dîtes avoir été frappée au commissariat Nguyen Cu Trinh. Combien de policiers vous ont frappée, qu’ont-ils utilisé ?

Nguyen Hoang Vi : En arrivant au commissariat Nguyen Cu Trinh, un policier en civil m’a poussée dans une salle fermée. Il m’a frappée au visage, au cou et à l’épaule.

DCVOnline : Il vous a frappée alors qu’il vous interrogeait ?

Nguyen Hoang Vi : Non pas du tout. Il m’a simplement poussée dans la salle et m’a frappée sans me dire quoique ce soit.

DCVOnline : Vous avez dit qu’ « on » vous a retiré vos vêtements, comment est-ce que les choses en sont arrivées là ?

Nguyen Hoang Vi : Après m’avoir bien frappée, le type est sorti de la salle pour s’entretenir avec ceux qui étaient dehors. Ensuite, plusieurs personnes sont entrées. Une policière m’a dit qu’on me soupçonnait de cacher quelque chose d’illégal et qu’elle devait me fouiller.

Je lui ai dit qu’elle n’avait qu’à m’emmener dans la rue, que j’enlèverai mes vêtements devant les passants pour prouver que je ne cachais rien. Je lui ai dit que je refusais la fouille ici car ils pouvaient ensuite m’accuser de n’importe quoi.

Mais ils ont continué à faire selon leurs idées. Plusieurs policières ont maintenue mes mains et mes jambes. Elles m’ont tout retiré à l’exception de mes sous-vêtements, sous les yeux des policiers masculins présents dans la salle. Toute la scène a été filmée.

J’ai alors réalisé que tout ceci n’était destiné qu’à m’humilier. Après avoir remis mes cheveux en ordre, je me suis tournée vers la caméra en disant haut et fort : « Vous qui filmez, n’oubliez pas de poster la vidéo sur le net pour que tout le monde puisse constater combien vous êtes ignobles ! »

Ensuite, je me suis tue.

Ils sont ensuite sortis de la salle pour s’entretenir ensemble. Epuisée par cette lutte, je me suis allongée à même le sol en fermant les yeux, tout en pensant à ce qui venait de se passer.

DCVOnline : Vous dîtes avoir été déshabillée de force par des policières, devant des policiers. Combien de policiers en tout ?

Nguyen Hoang Vi : Ils étaient 7 ou 8 dans la pièce, et beaucoup plus à l’extérieur de la salle.

DCVOnline : Aussi bien les policiers dans la pièce que ceux qui étaient dehors ont assisté à toute la scène ?

Nguyen Hoang Vi : Oui absolument.

Parce que j’étais épuisée et allongée à même le sol sans vêtement, j’ai été prise de tremblements et de nausées. Je me suis rendue aux toilettes. Ensuite, une infirmière de la police est entrée dans les toilettes. Elle m’a demandé si j’avais un mari et des enfants, puis elle m’a forcé à retirer mes sous-vêtements pour examen.

Etonnée, j’ai demandé quoi comme examen. Elle m’a juste répondu examen médical. J’ai dit que j’avais des nausées et que je ne voyais pas le rapport avec un examen de mon intimité. Elle m’a répondu que les nausées sont liées à des problèmes de digestion et que tout doit être examiné. J’ai dit que je n’ai pas de problèmes urinaires et refusais d’être examinée. Je lui ai dit de ne pas se mêler de cela et de laisser ceux qui lui ont donné cet ordre illégal et immoral le faire eux-mêmes.

Elle est sortie de la salle pour dire qu’elle refusait de m’examiner mais les autres ont insisté. Elle est revenue en hésitant et je lui ai redit de ne pas les écouter. « Ceux qui sont dehors ont retiré mes vêtements de force tout en filmant la scène, ils sont capables de tout ».

Elle est finalement sortie de la salle et a refusé de m’examiner. Mais les autres ont trouvé deux autres auxiliaires de santé pour les aider à faire leur basse besogne. Ils m’ont soulevée de force et m’ont allongée sur une table…

DCVOnline : Ils vous ont mis sur une table, pourquoi ?

Nguyen Hoang Vi : Parce que je me suis assise par terre, les bras autour de mes jambes, refusant qu’on m’examine. Ils m’ont soulevée et mise sur la table. Quatre femmes me tenaient les bras et les jambes, comme on écartelait les gens autrefois. Ils m’ont retiré mes sous-vêtements, écarté les jambes et introduit leurs doigts dans mon intimité. C’était très douloureux.

Alors qu’ils m’ « examinaient » de force, je me suis débattue. J’ai donné des coups de pieds, j’ai griffé, mais je ne pouvais rien faire contre quatre personnes.

Après, ils ont voulu me rhabiller mais je ne voulais pas. J’ai dit qu’ils n’avaient qu’à me relâcher comme ça. Ils ont osé l’ignominie alors de quoi avaient-ils peur maintenant ?

DCVOnline : Les personnes qui ont violé votre intimité faisaient partie du personnel médical ou étaient membres de la police ? C’étaient des hommes ou des femmes ?

Nguyen Hoang Vi : Une personne était du service médical, c’est ce qu’ils m’ont dit.

DCVOnline : Et est-ce qu’on vous a filmé ?

Nguyen Hoang Vi : Je ne sais plus car j’étais trop occupée à me débattre. J’ai seulement vu un type dans un coin de la pièce. J’étais coincée sur la table si bien que je ne pouvais plus voir toute la pièce.

DCVOnline : À partir du moment où vous êtes arrivée au commissariat et jusqu’à la fin de cet examen, combien de temps s’est écoulé ?

Nguyen Hoang Vi : Cela a duré de 9h30 jusqu’à 12h00.

DCVOnline : Que s’est-il passé ensuite ?

Nguyen Hoang Vi : Ensuite, ils m’ont remis aux policiers du commissariat de l’arrondissement Tan Phu, quartier Phu Thanh, qui m’ont gardée jusqu’à 19h00. Là, les policiers m’ont traitée correctement.

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La blogueuse Nguyen Hoang Vi après son agression au commissariat
Source : OntheNet

DCVOnline : Il y a deux photos qui circulent sur Facebook où l’on vous voit habillée d’un haut de survêtement porté à l’envers. La photo a été prise à quel moment ?

Nguyen Hoang Vi : La photo a été prise peu de temps après avoir été relâchée. Je suis allée directement à l’église pour prier. Ensuite, madame Bui Hang m’a rendue visite et c’est elle qui a pris la photo.

DCVOnline : La photo montre que vous ne portez rien sous le haut de survêtement. Où étaient vos vêtements lorsque vous avez été relâchée ?

Nguyen Hoang Vi : Mes vêtements étaient dans le sac en nylon rouge. Ils ont réussi à m’enfiler ce vêtement de force. Comme ils m’avaient ôté mes vêtements de force, je voulais rentrer telle que. Je voulais même me rendre au Ministère de la Sécurité Publique pour protester contre cette violation des droits de l’homme, mais malheureusement, la nuit était déjà tombée.

DCVOnline : Lorsque vous êtes sortie du commissariat Phu Thanh, quelqu’un est venu vous chercher ?

Nguyen Hoang Vi : Non, j’ai fait une partie de la route à pied, puis j’ai pris une mototaxi qui m’a déposée à l’église des Rédemptoristes rue Ky Dong. Ensuite, je suis rentrée chez moi.

DCVOnline : Que pensez-vous si un jour, la vidéo tournée au commissariat était rendue publique ?

Nguyen Hoang Vi : J’espère que cela arrivera car cette vidéo sera une preuve concrète et ô combien précieuse pour dénoncer les graves violations des droits de l’homme qui ont cours au Vietnam aujourd’hui.

DCVOnline : Selon vous, quelle était l’attitude des personnes de la Sécurité Publique qui vous ont fait subir cela ?

Nguyen Hoang Vi : Ces personnes étaient très agressives comme si elles avaient affaire à des ennemis.

DCVOnline : Comment vous sentez-vous maintenant ?

Nguyen Hoang Vi : Mon état moral maintenant est stabilisé alors que j’étais bouleversée un peu plus tôt. A vrai dire, quand cela s’est passé, je voulais vraiment me cogner la tête contre un mur pour mourir, mais j’ai pensé aux enseignements de notre Seigneur et je me suis ravisée.

DCVOnline : Je vous remercie d’avoir répondu à nos questions. Je suis heureuse que vous ayez retrouvé votre esprit. En ce qui me concerne, en tant que journaliste, j’espère que ceci est la dernière épreuve abjecte que vous avez à subir.

© DCVOnline

Source : DCVOnline

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